Le 31 janvier 2026, la maire de Paris prononçait un discours enflammé contre « l’addiction à l’automobile ». Quelques minutes plus tard, elle montait dans un Renault Espace V avec chauffeur et escorte. Bienvenue dans la politique française.
Il faut une certaine forme de courage, ou de bêtise crasse, pour prononcer le mot « addiction » en parlant de la voiture, puis grimper quelques instants après à l’arrière d’un bon gros SUV de représentation devant les caméras. Anne Hidalgo, maire de Paris depuis 2014 et figure de proue de la guerre municipale contre l’automobile, vient de nous offrir l’un de ces moments où la politique se résume à une image plus qu’à mille discours.
Lors de l’inauguration du réaménagement de la place Félix Éboué le 31 janvier dernier, Hidalgo a réaffirmé, comme à son habitude, sa conviction que la voiture individuelle n’a plus sa place dans la ville moderne, en se permettant même quelques remarques bien méprisantes contre les automobilistes.
Même tenue vestimentaire, mêmes bâtiments en arrière-plan : la séquence qui suit est filmée au même endroit, quelques instants après la fin de son discours. On y voit la maire s’engouffrer dans un Renault Espace V, cinquième génération, plus proche du crossover que du monospace familial de papa, accompagnée de son chauffeur et de son escorte.
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Le Renault Espace V, ou l’art du mauvais symbole
Sans faire trop de mauvais esprit, une maire de grande capitale n’a pas vocation à prendre le RER B entre deux inaugurations. Les contraintes d’agenda, les impératifs de sécurité, le protocole, tout cela existe, et personne de sérieux ne demande à Anne Hidalgo de rejoindre la place du Colonel Fabien à vélo sous escorte cycliste.
Mais là où le bât blesse, c’est précisément dans le choix du véhicule. Paris, sous mandat Hidalgo, a instauré une surfacturation au stationnement pour les SUV et véhicules lourds. La logique affichée ? Ces voitures occupent trop d’espace, consomment trop, écrasent tout. Le Renault Espace V, avec sa silhouette de grand crossover, entre précisément dans cette catégorie que la mairie de Paris s’acharne à rendre indésirable dans ses rues.
On ne parle pas d’une Citroën C3 de service, on parle d’un véhicule que les propres politiques parisiennes ciblent explicitement.
Et si ce Renault Espace tourne au diesel, ce que personne n’a encore confirmé, , il relèverait potentiellement d’une vignette Crit’Air 2, soit exactement la catégorie que les futures restrictions parisiennes visent à exclure du périphérique. Ce serait le comble, mais rien n’est confirmé. Ce flou lui-même est révélateur : quand on fait de la transparence environnementale un étendard, on devrait au moins savoir quel carburant alimente sa propre voiture officielle.
L’art de se tourner en ridicule
Anne Hidalgo a bâti une large part de son image politique sur une idée forte : la voiture est un problème culturel autant que technique. Elle n’hésite pas à employer le registre quasi-médical, « addiction« , pour décrire notre rapport collectif à l’automobile. Ce cadrage est volontaire. Il moralise le débat, il place les automobilistes du côté de la dépendance et les cyclistes du côté de la raison.
C’est une stratégie de communication assumée. Et c’est précisément pour ça qu’une image comme celle du 31 janvier fait autant de dégâts.
Quand le discours est aussi chargé moralement, le moindre écart devient une faute symbolique majeure. Si Hidalgo s’était contentée de parler de « réduction pragmatique et intelligente de la circulation« , nul n’aurait trouvé à redire à sa voiture de fonction. Mais quand on parle d’addiction, on s’expose à être jugé à l’aune de sa propre sobriété.
La mairie de Paris n’a pour l’instant pas commenté l’affaire de manière substantielle. Elle aurait pourtant tout intérêt à le faire, et, idéalement, à s’interroger sérieusement sur la flotte de véhicules officiels qu’elle utilise. Parce qu’en politique, la cohérence n’est pas un détail esthétique. C’est la condition minimale pour être pris au sérieux.













































